« L’Art est une blessure devenue Lumière » Georges Braque

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dimanche 28 novembre 2010

(40) « l’annonce faite à marri » : salauds de riches !

Bonjour. Je m’appelle Mokhtar. Je vis dans le dénuement avec mes 8 enfants. Ma femme est phtisique. Je l’honore et ne la trompe pas. J’ai le Certificat d’Etudes primaires. Chaque dimanche je fais du vélo. Quand il est cassé, je vais à la pêche. J’ai la petite parabole et 1432 chaines. Le jour de la paye, je prends des bières avec mes copains.  Je n’ai jamais eu de chance. Je crois en Dieu, Lui seul a été bon avec moi. 
Il y a quelques jours, étrange, inespérée, étalée en quart de page à la une du plus grand quotidien du soir, voici l’annonce sur laquelle je suis tombé :

URGENT ! Particulier échangerait :

1.     grosse fortune et ses soucis contre pauvreté sereine
2.     penthouse avec héliport contre cabane de pêcheur
3.     carcan de la notoriété contre liberté de l’anonymat
4.     loge permanente à l’opéra contre bons copains de bistrot
5.     gamins gâtés-pourris contre petits crève-la-faim affectueux
6.      Rolls-Royce et phlébite contre vélo et jambes de course
7.     stress patronal et pulsions suicidaires contre insouciance subalterne et appétit vital

Prière de téléphoner au no vert  0800 000 000 à partir de 08h00




Il était vers les 22h quand j’ai lu çà. Mettez-vous à ma place … je n’ai pas fermé l’œil de la nuit car je sais d’expérience que les petites annonces intéressantes s’envolent dès les premières minutes. Après avoir fait mon choix parmi les 7 trocs proposés, je me suis mis à prier. Et à 07h59 tapantes, j’ai commencé à composer le numéro indiqué ; évidemment, ça sonnait déjà constamment occupé. Vers midi, après la 500ème tentative et alors que je n’y croyais plus du tout, la sonnerie retentit enfin et l’annonceur décrocha :

-         Bonjour, dit-il poliment sur un ton qui semblait un peu las, Abbas de La Tronche en Biais à votre service, je vous écoute
-         Heu …
-         C’est au sujet de mon annonce ?
-         Oui, mais … je suppose que vous avez déjà traité depuis belle lurette ?
-         Pas du tout, cher monsieur, mon offre est encore disponible ; êtes-vous intéressé ?
-         Magnifique ! Je n’en crois pas mes oreilles, vous savez, je n’ai jamais eu de chance, je suis si pauvre, vous savez, si pauvre ; 8 marmots qui ne mangent jamais à leur faim c’est très dur, je me lève tous les jours à …
-         Parfait, coupa-t-il sans agressivité, je crois que nous allons pouvoir faire affaire ensemble ; vous verrez, on ne se fait jamais vraiment à certains désagréments mais on s’y habitue quand même. L’opéra c’est pas mal, il faut comprendre et aimer, c’est tout ; c’est un peu comme le Rap des siècles passés. La célébrité elle aussi a ses bons côtés ; personnellement ça me lasse mais beaucoup de gens adorent être poursuivis par la presse et harcelés par des meutes de paparazzi. Le str …
-         Heu, bien sûr monsieur, excusez-moi de vous interrompre ; je n’ai pas de problèmes avec l’opéra, ni avec la notoriété, mais je …
-         A la bonne heure, reprit-il. Les problèmes des gosses de riches, c’est pas bien méchant non plus, c’est juste exaspérant et culpabilisant ; sans doute est-ce moi qui m’y suis mal pris et qui n’ai pas été suffisamment disponible pour mes enfants ; vous savez, certaines responsabilités vous en font oublier d’autres, mais je ne doute pas que vous, de si basse extraction, vous saurez redresser tout cela et remédier à ce  …
-         Heu oui, bien sûr monsieur, pardon de vous couper mais je …
-         Quant au stress et aux pulsions suicidaires, il y a d’éminents spécialistes pour soigner ça. Avec le temps et tout l’argent qui va vous échoir, les meilleurs psys viendront vous manger dans la main ; vous aurez vite raison de ces petits bobos de l’âme et du corps. Vous savez, moi …  
-         Pardon de vous interrompre, Monsieur, mais je voudrais d’abord vous faire part de mon choix ; moi, je ne suis intéressé que par les 4 premiers échanges. Pour le 5ème, les enfants, je n’y arriverai pas, ce serait trop dur pour moi, mon cœur saignerait. Pour le 6ème, la Rolls et la phlébite, j’hésite. Mais pour le dernier, comme je ne suis pas sûr de bien comprendre, je préfère m’abstenir et laisser cela à d’autres …
-         Non mais je rêve ma parole ! explosa l’homme aimable et poli du début de l’entretien. Tu te crois chez Maxim’s ici ? Ta vie pourrie comme ma vie de rêve, c’est rien qu'un restau U mon vieux : y’a 3 menus de merde, avec des tas de trucs dégueulasses qui vont obligatoirement ensemble ; ou tu te les tapes, ou tu vas crever dans ton coin en regardant bouffer les autres. Tu croyais quoi, guignol ? Que la vie est une Carte 5 étoiles où tu te fais servir le meilleur, gratos, en écartant ce qui te déplaît ? Si c'était ça, ça s'appellerait le paradis et j'aurais jamais été obligé de mettre cette annonce qui me fait perdre mon temps avec des bougnats comme toi. Faut assumer, charlot ! Ou tu prends tout, ou tu laisses tout et tu retournes à tes génuflexions !

Et il a raccroché …

Je me disais bien aussi … Salauds de riches !

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auteur : Camal ELMILI HAMAYED

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