Je suis d’accord avec Montesquieu : impossible de travailler quand il fait trop chaud et impossible de flemmarder quand il fait trop froid ! Il est donc normal que les pays du Nord en soient arrivés là où ils en sont et tout aussi normal que nous, ceux du Sud, en soyons restés là où nous en sommes. Mais alors, puisque tout le monde le sait, que fiche l’ONU ?
Moi, pour instaurer un peu d’égalité parmi les nations, je propose que tous les hommes vivent alternativement dans un pays chaud et dans un pays froid. Ainsi, les peuples du midi sortiront de leur léthargie, tandis que ceux du Septentrion se ramolliront. Ils cesseront de courir et nous commencerons à marcher. Ils s’assoupiront, nous nous réveillerons.
Ces migrations saisonnières obligatoires nous feront découvrir les bienfaits énergisants du travail tandis qu’elles leur enseigneront les vertus apaisantes de la contemplation. Tout le monde y gagnera en B.B.B., nouvel indice du « Bonheur Bilatéral Brut », et la terre se pacifiera. Plus de Nord ni de Sud ! Les pauvres s’enrichiront doucement, les riches s’appauvriront assez vite et la planète bleue deviendra plus harmonieuse ; ils ne nous critiqueront plus, nous ne les jalouserons plus et, de l’Arctique à l’Antarctique en passant par l’équateur, tous les pays dûment nivelés commenceront à exercer le même attrait ! Finis donc la fracture Nord-Sud, l’émigration du désespoir et l’immigration choisie, finis les zmagrias* et autres harragas*, finis les visas … Frères humains, l’Amérique sera partout et l’Amérique ne sera nulle part ! Comme le Koweït en 1992 grâce au bon Saddam, la misère « quittera enfin la géographie pour entrer dans l’histoire ».
Tout çà grâce à qui ? … Dire qu’il suffisait d’une bonne idée …
Seul petit hic, j’y songe tout à coup, c'est bien beau de se mettre au travail, mais il faut aussi penser aux vacances … !? Ben oui, on fera comment pour les vacances ? On ira où ? Si tous les pays se ressemblent, autant rester chez soi … Si les croupiers de Las Vegas ne peuvent plus se changer les idées qu’en allant voir les tours de Dubaï, si les ouailles du camarade Fidel ne peuvent plus villégiaturer que sous les potences de Kim Jong il, c’est comme d’être condamné à bouffer Mac Do’ tous les jours de l’année, insupportable ! Vous imaginez la gueule du pêcheur islandais qu’on obligerait à prendre ses congés à Liverpool, en lui proposant pour seule distraction des battues de hooligans et des cageots de bières à se taper sous la pluie dans une ville où il fait nuit à midi le jour du solstice d’été ? Vous imaginez la tronche du malheureux hitiste* algérois que l’on contraindrait à se munir d’un kamis* et du « Petit Livre Vert » pour aller, entre garçons, faire bronzette sur la Riviera libyenne par 45 degrés à l’ombre des statues géantes du Guide ? Vous imaginez la tête des gamins de Gaza qu’on emmènerait en colos dans une grotte talibane flanquée de sa medersa pachtoune et de son camp d’entrainement pour kamikazes ? Non, bien sûr, personne ne peut l’imaginer ; chez nous, on appellerait ça « sortir d’une prison pour s’asseoir à sa porte* ». Qui pourrait souhaiter un monde pareil ? Les vacances sont une conquête sociale majeure qui ne rime qu’avec dépaysement ! Ne dit-on pas, chez nous encore, que « le changement de résidence apporte le repos* » ?
Conclusion ? Eh bien, à regret, je retire ma proposition. Et en attendant des temps meilleurs ou une nouvelle idée géniale, « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées » : que les Nordistes continuent de s’agiter tout seuls, de bosser pour tous et de courir sans savoir après quoi, et nous Sudistes, continuons de leur piquer ce qui nous plaît, de critiquer ce qui nous déplaît, de leur montrer le chemin du salut et … de glander sans savoir jusqu’à quand.
D’ici là, chers compatriotes, bon voyage chez Tati et bienvenue à eux dans nos souks, car oui et malgré tout : vive la diversité !
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· “khrej men el hebs ou gless fe babou” : dicton marocain
· « tebdil lemnazel, raha » : dicton marocain
· zmagrias : c’est le pluriel de zmagri, singulier de la déformation du pluriel « zimigris » translittéré du pluriel français « les émigrés » et reconverti à la forme plurielle du marocain dialectal ; donc, s’il est seul, l’émigré est un zmagri et, s’ils sont en bande, les émigrés sont des zmagrias.
· harragas : pluriel de harrag, clandestin optimiste et désespéré, attiré par le froid, prêt à tout pour survivre et qui, renonçant à attendre son visa pour l’Eldorado, choisit de « hreg », c'est-à-dire de « se barrer », soit par mer sur une embarcation de fortune, soit dans la soute d’un camion, soit au nez et à la barbe des douaniers Schengen, dûment muni de ses faux papiers.
· Hitiste : ce mot vient de l’arabe « haït » qui signifie « mur » ; c’est un néologisme récent qui désigne un individu désœuvré adossé à un mur dans l’attente de … rien ! Ce délicieux vocable a été inventé par le génie populaire algérien pour moquer avec tendresse et compassion les innombrables jeunes chômeurs de la métropole algérienne qui passent le plus clair de leur temps regroupés dans des lieux publics, dos aux murs, à ne rien faire. C’est la version « ensoleillée » des citoyens des caves et cages d’escaliers que Speedy Sarko veut nettoyer au karcher dans les sinistres cités hexagonales.
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auteur : Camal ELMILI HAMAYED
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