à L évidemment
exemple de Terre Creuse Concave
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Anéantir encore en tes yeux levantins*
Mes lambeaux effrangés de conscience extatique
Tanguant tels des vaisseaux en proie aux falariques*
Qui verse toute chose en silence à l’oubli,
Et boire et boire encore à ma source de vie
Le pollen en fragrance essaimant ta victoire …
M’enivrer du vertige insufflé doucement
- Ainsi qu’au dormeur chaste un rêve platonique -
Et nier, dans le faste éthéré du gisant*,
L’étoile qui s’éteint sur mon bonheur tragique,
Le glaive inexorable actant le fil des jours,
Le gouffre où, pour un vœu, s’abîme notre amour.
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auteur : Camal ELMiLi HAMAYED
copyrights et tous droits réservés à l’auteur & à MOSALYO
reproduction interdite
· levantin : propre aux pays du Levant, Moyen-Orient et Asie Mineure.
· une falarique est une sorte de lance enflammée qu’on tirait sur les bâtiments ennemis, au moyen-âge, pour les incendier.
· horbigérien : cet adjectif n’existe pas. Employé par l’auteur pour convenance personnelle, il qualifie ce qui est propre au savant Horbiger ; un ciel horbigérien est donc un ciel qui se trouverait à l’intérieur de la terre, conformément à la théorie de la Terre Creuse Concave. Voir Horbiger in « Le Matin des Magiciens » de Pauwels et Bergier
· un gisant est une statue représentant le mort couché et ornant son tombeau.
Bla-bla
Parfois, la grâce opérant, les mots d’un poème se transmuent pour suggérer des voyages inattendus : le cerveau perçoit ce que les oreilles ne font que capter, et chacun entend sa propre musique, forcément différente de celle écrite par l’auteur ; ne dit-on pas que bien écouter, c’est penser à autre chose ? Or, qu’il invite son lecteur à fermer les yeux ou qu’il le force à les ouvrir, le poète n’espère pas seulement le partage et la communion, il désire avant tout, plus que tout, être compris.
La poésie ne s’explique pas, bien sûr, et « On ne peut trouver de poésie nulle part quand on n’en porte pas en soi » écrivait avec une cruelle pertinence le sieur Joseph Joubert ; mais peut-on expliquer, voire expliciter, un poème ?
Comme l’artisan-parfumeur, dont la vocation n’est pas d’enseigner l’histologie des narines mais d’embaumer les nez qui en ressentent le besoin, le poète ne parle qu’aux âmes avides de dépassement. Dans une langue incréée et universelle, personnelle et plurielle, qui s’invente et se réinvente elle-même en disant, c’est toujours en quête de l’autre que le poète vibre, exulte, souffre, jubile, s’indigne, crie, murmure, cherche, découvre, suggère, choisit, compose, révèle, exhausse et ... exhale …. Pour paraphraser le magnifique Amin Maalouf *, je dirais : le poète est un cavalier, sa monture est la poésie, le lecteur est leur chemin, leur trace est le poème … Va donc pour l’explication !
« Le Matin des Magiciens * » est un très grand best-seller des années soixante et un vrai livre-culte. Captivant, troublant, stupéfiant, cet ovni littéraire propose un voyage guidé aux frontières des mondes de la science, des sciences occultes, de la science-fiction, du fantastique, de l’ésotérisme et du paranormal. Et dans ce chef-d’œuvre hétéroclite (et inégal), propre à faire imploser les encéphalogrammes les plus plats, il est question d’un ingénieur-inventeur autrichien dénommé Horbiger, une sorte de savant fou, porte-drapeau de la théorie de la Terre Creuse Concave.
| Hans Horbiger 1860-1931 |
Pour ma part, littéralement fasciné par certains passages de ce beau livre (dont notamment l’incroyable histoire d’ Edgar Cayce, medium-guérisseur américain dénommé le « prophète dormant »), j’avais profité d’un voyage à Paris pour rendre visite à l’auteur principal, Jacques Bergier, lequel m’avait reçu avec étonnement et gentillesse, dans son petit bureau poussiéreux croulant sous des tombereaux de paperasse, de bouquins et de publications en toutes langues … Hélas, je l’avoue aujourd’hui honteusement, la modestie de mon hôte conjuguée à ma propre naïveté ne n’avait alors pas laissé mesurer à sa juste valeur le privilège exceptionnel de cette rencontre. Après quelques banalités embarrassées, ma curiosité satisfaite, j’avais rapidement pris congé. Et, tel un gamin sortant de chez le « Professeur Nimbus », je l’avais imaginé réescaladant aussitôt les hauteurs stratosphériques dont je l’avais importunément distrait.
Allez donc surfer sur Internet, vous comprendrez mieux la frustration qui me taraude encore aujourd’hui ! Le parcours et la vie personnelle de Jacques Bergier *, l’une des « plus grosses têtes chercheuses » de son siècle, authentique mais inclassable génie, furent, autant que son œuvre, une hallucinante aventure humaine, intellectuelle, scientifique et spirituelle … A couper le souffle, vous dis-je, et je pèse mes mots !
Allez donc surfer sur Internet, vous comprendrez mieux la frustration qui me taraude encore aujourd’hui ! Le parcours et la vie personnelle de Jacques Bergier *, l’une des « plus grosses têtes chercheuses » de son siècle, authentique mais inclassable génie, furent, autant que son œuvre, une hallucinante aventure humaine, intellectuelle, scientifique et spirituelle … A couper le souffle, vous dis-je, et je pèse mes mots !
Je sortais donc d’une énième relecture de « Le Matin des Magiciens », voilà pour l’explication !
Et maintenant, tentative d'explicitation.
Ce sonnet est la traduction de ce que les psychologues appellent une « image eidétique », c'est-à-dire la reviviscence d’une hallucination caractérisée par sa très grande netteté. Car vous l’aurez compris, le ciel intérieur d’Horbiger, moi, j’allais l’habiter …
Lorsqu’elle franchit pour la première fois le seuil de ma porte, s’assit dans le fauteuil élimé de mon petit studio meublé, genoux sagement serrés, dos bien redressé, et qu'elle planta dans les miens ses grands yeux sombres immobiles, lumineux, intenses et impudiques, je sus instantanément que j’étais perdu … Aspiré dans un trou noir, arraché à la gravité, affranchi de toute conscience, plongé en apnée dans le délire horbigérien, je me suis mis à flotter dans leur univers clos émaillé de clartés séquellaires indéfinissables, captif impuissant, soumis, émerveillé, enchanté.
Il n’y eut pas de lutte ; je m'étais rendu sans conditions, elle triompha en silence. N’esquissant pas la moindre dérobade susceptible d’aider à mon désenvoûtement, elle revint souvent prendre sa place dans le fauteuil vermoulu, égrenant à mes côtés les jours étranges de mon fastueux asservissement. Vigilante à ne pas tomber dans le brasier qu’elle avait allumé, s’approchant au plus près des flammes et les attisant avec volupté, elle se délecta à en contempler les ravages. Si bien que lorsqu’elle se résolut à me parler de " lui ", puis "d'Elle et lui", je reçus d’abord cette confidence comme une incongruité dans mon jardin d’Eden … Sauf que ces deux yeux-là, tout à coup, ne semblaient plus jouer !
Et un matin que je L’attendais, c’est ce message d'adieux qui arriva : « J’emporte l’écrin dans lequel j’ai caché beaucoup de moi, tout Toi, et notre rêve. Je suis fière de ne l’avoir pas ouvert et résolue à ne jamais me le laisser voler ».
Je vis la mort venir à moi. Ma réponse fut ce poème.
Je vis la mort venir à moi. Ma réponse fut ce poème.
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* « Le Matin des Magiciens » de Louis Pauwels et Jacques Bergier
Pauwels était journaliste, Bergier est l’auteur véritable de l’œuvre
* « Les Jardins de Lumière ». De mémoire, il me semble que Amin Maalouf y disait : « le corps est une mule, l’âme est son cavalier »
* http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Bergier
| Jacques Bergier 1912-1978 |
Dans TINTIN, le personnage de Mik Ezdanitoff est directement inspiré de Jacques Bergier

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