« L’Art est une blessure devenue Lumière » Georges Braque

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mercredi 27 octobre 2010

(34) Plaidoyer pour l’instauration d’un « permis d’exister »



J’ai un voisin, un type si imbuvable que, chaque jour, je me demande ce qui a bien pu lui donner l’idée saugrenue de se faire engendrer.
Pourquoi le fait de naître, acte le plus important qu’accomplisse l’être humain, échappe-t-il encore à toute réglementation et à tout contrôle ? Surtout en démocratie où, comme chacun sait, l’opinion de la majorité devrait prévaloir sur les choix personnels.
Dans un pays aussi paperassier et makhzénien* que le nôtre, si mon voisin avait dû se soumettre à une quelconque demande de visa, jamais il n’aurait été autorisé à quitter le testicule malade qui l’éjacula et, sans doute même eût-il été refoulé plus loin encore dans les égouts physico-chimiques de son géniteur … Il n'aurait alors pas dépassé le stade de la lueur salace* qui, pour mon malheur, brilla une nuit dans le regard concupiscent* d’icelui*.

Car mon voisin n'est venu encombrer la terre qu' avec la seule ambition de faire « chier » autrui, dont moi ; et il s’assure scrupuleusement et quotidiennement de parfaitement remplir cet unique apostolat*. Mais le pire c'est que non content d’empoisonner l’humanité, il a décidé d’élargir le champ de ses compétences en martyrisant également la faune ; il a donc adopté un chien - qui lui ne l’a pas du tout adopté - et qui est certainement la bête la plus malchanceuse et la plus malheureuse du règne animal.

Ce chien et moi avons spontanément sympathisé. Nous avons des conversations secrètes et il s’échappe souvent de son enfer pour m’accompagner, le soir, lorsque nous sortons faire notre pipi et marquer notre territoire. Peu bavard, il se contente en général de trotter à mes côtés, queue redressée et truffe* baissée. Mais hier, il m’a dit ne pas comprendre pourquoi ce ne sont pas les  bêtes qui choisissent leurs humains ! Pour le consoler, je lui ai répondu que les hommes ne choisissaient pas non plus leurs voisins et que, si j’en avais eu l’opportunité, c’est lui que j’aurais  aimé prendre pour maître. Il a souri, compissé* mon jean et léchouillé* ma main avec excitation ; puis j’ai essuyé la larmichette* qui s’écoulait de ses yeux et nous sommes rentrés sans plus piper mot.

En arrivant devant chez nous, mon voisin était là, bâton à la main ; comme à chaque fugue, il rossa copieusement mon ami en aboyant des tombereaux* d’injures ; puis il l’enchaina et tourna les talons. Le chien meurtri mais goguenard me lança alors un clin d’œil et murmura : « J’espère que tu mesures notre chance, nous aurions pu être comme lui » … 


Je ne cesse d’y penser.

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Petit Dico Rapide pour la Jeunesse

  • makhzénien : au Maroc, le Makhzen c'est la puissance publique, le pouvoir central plus tout l'appareil politique, administratif, juridique et autoritaire qui va avec. Est donc "makhzénien" ce qui se rapporte aux ramifications de ce pouvoir très ancien, efficace et bien hiérarchisé, issu d'une monarchie millénaire.
  • salace : enclin aux plaisirs sexuels, lubrique
  • concupiscent (e) : qui éprouve un vif penchant pour les plaisirs sensuels
  • icelui (icelle) : en vieux français, celui-là, celle-là ; soit la personne dont on vient de parler
  • apostolat : mission sacrée
  • truffe : nez du chien ou du chat
  • compisser quelque chose ou quelqu'un, c'est ... pisser dessus : les chiens compissent les roues de voitures et les troncs d'arbres
  • tombereau : charrette à 2 roues (kerroussa) pleine d'une chose quelconque ... et donc, par extension, une grande quantité de ...

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auteur : Camal Elmili Hamayed
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2 commentaires:

  1. Le plus noir, mais hélas le plus vrai de tous les articles de ce blog.
    mo'

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  2. Camal, ce plaidoyer stupéfiant de noirceur et de vérité témoigne d'une grande sensibilité et comme le dit Mourad hélas !
    Bon exutoire que l'écriture...
    Heureusement la poésie, celle dont vous nous délectez, contrebalance ces propos ô combien amers.

    je viens de découvrir votre blog et le suivrai désormais .
    Amicalement.

    COLOMBE

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