« L’Art est une blessure devenue Lumière » Georges Braque

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samedi 19 mars 2011

(47) Léon Deubel


Dans le 16ème arrondissement de Paris, une place porte le nom de Léon Deubel. Presque personne ne connaît ce poète maudit qui brûla tous ses manuscrits puis se suicida en se jetant dans la Marne. C’était en 1913. Il avait 34 ans. Mais Deubel n’avait que 20 ans lorsqu’il écrivit le poème qui suit et dont je me résous à partager ici la beauté insupportable … après bien des hésitations ... Puisse le cœur de l’homme toujours éclairer son esprit.


Détresse   ( de Léon Deubel )




   
Seigneur ! je suis sans pain, sans rêve et sans demeure.
Les hommes m’ont chassé parce que je suis nu,
Et ces frères en vous ne m’ont pas reconnu
Parce que je suis pâle et parce que je pleure.


Je les aime pourtant comme c’était écrit
Et j’ai connu par eux que la vie est amère,
Puisqu’il n’est pas de femme qui veuille être ma mère
Et qu’il n’est pas de cœur qui entende mes cris.


Je sens, autour de moi, que les bruits sont calmés,
Que les hommes sont las de leur fête éternelle.
Il est bien vrai qu’ils sont sourds à ceux qui appellent.
Seigneur ! pardonnez-moi s’ils ne m’ont pas aimé !


Seigneur ! j’étais sans rêve et voici que la lune
Ascende le ciel clair comme une route haute.
Je sens que son baiser m’est une pentecôte,
Et j’ai mené ma peine aux confins de sa dune.


Mais j’ai bien faim de pain, Seigneur ! et de baisers !
Un grand besoin d’amour me tourmente et m’obsède,
Et sur mon banc de pierre rude se succèdent
Les fantômes de Celles qui l’auraient apaisé.


Le vol de l’heure émigre en des infinis sombres,
Le ciel plane, un pas se lève dans le silence,
L’aube indique les fûts dans la forêt de l’ombre,
Et c’est la Vie, énorme encor qui recommence !

(1900, place du Carrousel, 3 heures du matin.)

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1 commentaire:

  1. "Cruellement beau" merci Camal, j'ai lu ce poème avec beaucoup de plaisir, d'émotion.

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