« L’Art est une blessure devenue Lumière » Georges Braque

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dimanche 1 août 2010

(03) petite cuisine moléculaire entre hommes



Le mercure est un métal. Eh ! oui, ce vif-argent qui fait du yoyo dans le thermomètre que vous vous plantez entre les fesses chaque fois que vous avez chaud, ce « liquide » est bien un métal en état de fusion. Vous vous en fichez comme d’une guigne ? Soit.


Moi, au lycée, j’étais faible nul en Physique mais assez doué intéressé intrigué par la Chimie. Vous vous en fichez aussi ? Soit, mais écoutez quand même.

Beaucoup plus tard, après des décennies d’errance à la recherche du Graal, renonçant définitivement à tenter de comprendre mes nouvelles camarades de promotion, je m’assoupissais enfin dans ce qu’il faut bien appeler « une ignorance résignée et frustrante » des mécanismes intimes du pseudo-sexe faible ; en effet, me disais-je, à quoi bon s’obstiner sur des reliques sexagénaires quand, en dépit d’un appétit 10 fois plus vorace et de festins 100 fois plus attrayants,  on n'a déjà rien pu comprendre aux « vingtenaires », aux trentenaires, aux quadragénaires et aux quinquagénaires ? La question fondamentale qui trônait au coeur de mes innombrables interrogations lancinantes, était : pourquoi disent-elles parfois oui après avoir semblé dire non et pourquoi disent-elles parfois non après avoir suggéré que ce serait oui ?… Et là, un beau matin, voilà t-il pas que je tombe sur un article de vulgarisation scientifique (genre « truc-machin pour les nuls ») consacré aux métaux. Lecture faisant, j’y apprends que chaque métal se caractérise par une température spécifique de fusion et une température d’ébullition ; autrement dit, si l’or par exemple fond dès 960°, il ne se met à bouillir qu’à 2800° ; cependant que le tungstène - dont on fait les filaments des lampes et autres résistances - ne fond, lui, qu’à 3500° et ne bout qu’à 5600° … 

EUREKA ! m’époumoné-je in petto dans un de ces spasmes – intellectuel – en raréfaction exponentielle ; car ce qui vient de me sauter aux yeux, c’est l’harmonieuse Unité de la Création et de la Nature ! Je finis donc de parcourir goulûment le document et en infère aussitôt que chaque créature XX – la jeune louloute comme la vieille rombière – a certainement une matière minérale qui lui correspond. Ce qui autorise à affirmer que ces dames, physiologiquement et génétiquement sujettes à un double déclic, se différencient entre elles par 2 seuils de température : au premier seuil elles fondent, au second elles bouillent. Comme les métaux …  

Vous n’êtes pas obligés de me croire, mais je suis immédiatement persuadé de faire œuvre utile pour mes congénères : en inventant un nouveau zodiaque, je leur concocte un vade-mecum qui leur facilitera la vie. Tandis que le singe de l'astrologie chinoise caracole entre les lianes, tandis que d’autres bestioles grecques et arabes plongent dans les mers ou flottent dans les étoiles, moi je les  invite à bien garder les pieds sur le plancher des vaches et même à creuser sous terre. Je mets à leur disposition du solide et du concret. Souvenons-nous des « Correspondances » de mon ami Baudelaire
« … Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies … »
N’est-ce pas assez clair ?

Sitôt compris, sitôt testé ! Je me précipite donc au fond de ma mémoire pour en ressusciter tout ce qui jalonna ma pitoyable carrière de séducteur déboussolé ou contrarié : victoires-éclairs et sièges interminables, incendies et glaciations, feux d’artifices et mornes retraites, promesses et rétractations, oui-non-peut-être,  … en un éclair tout s’éclaire ! Les palinodies féminines m'apparaissent tout à coup limpides, tout se met en ordre. Grâce à la chimie des métaux et à ce nouveau zodiaque, en quelques empilements par catégories, les poupées russes surgissant de mon inconscient s’alignent impeccablement. Toutes les spécificités du baromètre des métaux collent parfaitement aux divers profils psychologiques féminins ; les points d’interrogation s’effacent ; les flash-back crépitent et les ténèbres font place à une vérité fondamentale aveuglante : les femmes ne sont pas toutes du même métal !

Chacune d’entre elles dispose de plusieurs fenêtres (on appelait ça des jalousies) auxquelles elle peut se montrer quand elle accepte de vous laisser éventuellement l’amener à fusion, et chacune dispose d’une porte qui, elle, ne s’ouvrira que si vous avez su porter la belle à ébullition. Et c’est sans doute pour avoir naïvement confondu les 2 marqueurs Celsius que j’ai été finalement recalé à quelques concours dont j'avais pourtant brillamment entamé les épreuves de présélection !...

Camarades, en contribution à l'immense chantier qui nous occupe depuis la nuit des temps, voici donc ma pierre, mon guide du routard, une brève classification -très simplifiée- des frangines que j’ai croisées :
  
·        Catégorie la plus nombreuse, Madame Tout le Monde, le grand classique : elle ouvre tout de suite ses fenêtres mais vous laisse raisonnablement mariner derrière la porte ; de plomb, d'étain ou d'aluminium, la fusion s’opère en elle à partir de 231° (c’est très peu) mais l’ébullition peut exiger 2500°. Avec un bon chef et un four récent, ça se gère sans trop de mal. C’est notre pain quotidien
·        La Victorienne à Chignon  et à jupe plissée d’avant le MLF : elle est pénible du début à la fin, voire harassante : d’argent, d’or, de platine, de fer ou de nickel, la plus « facile » ne fond qu’à 960° tandis que la championne ne bout qu’à 5080°. A réserver aux sportifs, aux vertueux et aux appétits patients.
·        La Dure à Cuire : elle donne l’impression d’avoir volontairement perdu la clé de la porte pour vous ôter toute illusion qu’elle puisse jamais vous l’ouvrir ; mais, si ça suffit à votre bonheur, elle est disponible pour vous dévorer des yeux et vous prêter généreusement l'oreille jusqu'à ce que mort s'ensuive ... Elle est fille du tungstène, du molybdène, de l’iridium et du bien nommé tantale : 3000° en phase de négociation et 5500° pour mettre fin à votre calvaire ! A ne recommander qu’aux marathoniens, aux anges, aux saints, aux martyrs ou ... aux pervers, ces derniers pouvant justifier de bonnes raisons pour se venger une fois entrés dans la forteresse.
·        Catégorie la plus sympa, la Fille-Chandelle : elle est de zinc et s’empresse non seulement de fondre - 420°- mais aussi de bouillir - dès 900° ! Heureusement qu’elle existe celle-là car sinon, qu’est-ce qu’on deviendrait ? Conseil d’ami : quelques filles-chandelles en réserve, ça permet de tenir les longs sièges abrutissants imposés par la catégorie précédente.
·        La plus étrange, la Poulette Nunuche , la fausse fille facile du gallium: hyper ouverte mais coriace, elle vous fera vite déchanter et vous apprendra à ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir… chauffée. Nunuche semblera fusionner instantanément avec vous, pour 29 petits degrés seulement, mais bizarrement, elle vous fera mariner dans « votre » jus jusqu’à atteindre elle-même les 2200° … Avouons-le, toute caboche de macho compte au moins quelques « gallinacées » de ce profil à son passif.

Et puis, et puis, last but not least, il ya les 2 maboules que tout mâle digne de ce nom a croisées au moins une fois dans sa vie héroïque de patachon névrosé, de forçat du sexe, de forcené de l’amour et d’obsédé de la conquête : j’ai nommé Madame Protactinium* (ce métal a été découvert par … une femme !) et Mademoiselle Mercure.

·        La première se présente sous des apparences faussement normales ; névrosée ou timbrée, elle vous en fait baver un peu, comme ses consœurs, avant d’accepter la causette, sauf qu'ELLE … elle n’arrive jamais à la bonne température ! Oui monsieur, Lady-Protactinium ne peut pas être amenée à ébullition !!! Que vous lui sacrifiiez 10 semaines ou 10 ans, vous finirez toujours par vous retirer renoncer et repartir bredouille. Et en prime, vous vous serez fabriqué l’énigme la plus taraudante et le regret le plus tenace de votre pitoyable carrière, sans parvenir à admettre que le problème est dû à son défaut de conception et non à votre incapacité. Alibi social pratique pour homos incapables de faire leur coming out et pour impuissants "honteux" ; lesquels se sentiront valorisés en se pavanant au bras de ce bel "engin" intelligent sans avoir à payer de leur personne après chaque dîner et surtout sans avouer leur "différence".
·        La seconde, et la boucle sera bouclée, c’est Nana-Mercure ; elle, elle ne répond pas à vos sollicitations, elle les devance, voire les anticipe ou même se les invente ; car miss mercure fond à – 38° (j’ai bien écrit moins 38°), c'est-à-dire que quand vous êtes encore à l’état de glaçon à l'avenir incertain, elle, est déjà dans la consistance d’une chantilly déliquescente oubliée sur le transat du solarium. Et si cela ne suffit pas à vous faire prendre vos jambes à votre cou, sachez qu’elle entrera en ébullition dès 356°, à peine plus qu’il n’en faut pour cuire une pizza au four. Ejaculateurs précoces s’abstenir, votre hyménée ressemblerait à la finale mondiale du 100 mètres sans les ralentis tv.

Je vous le disais, la nature n’est que correspondances étranges.


N.B. : 2 précisions destinées aux jeunes lecteurs
          - cette classification exclut les produits commerciaux
          - cette classification repose sur des faits observés au 20ème siècle





* Lise Meitner : Physicienne autrichienne. Elle a découvert le protactinium avec O. Hahn (1917) et a donné la théorie de la fission de l'uranium (1939).


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